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Les enjeux climatiques au cœur du débat politique…
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Marie-George Buffet
Parti Communiste Français
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10 OBJECTIFS POUR UN CHANGEMENT DE CAP


01 ECONOMIE : Vers une logique de durabilité
En bref : Concevoir les produits industriels pour qu’ils durent, soient réparés ou recyclés afin de réduire les flux de matières, de déchets et d’énergie.

Devant le renchérissement des matières premières et leur épuisement progressif, de nouvelles pratiques industrielles se font jour comme la conception de voitures en grande partie recyclables. D’une manière générale, une réglementation exigeante doit voir le jour pour que les produits industriels intègrent dès leur conception, les objectifs de durabilité, d’économie de matières premières et d’énergie.

Le traitements des déchets est à mes yeux une grande question de société. C’est pourquoi je propose une loicadre qui devrait se baser sur les principes du développement durable.

Priorité à la réduction de la masse des déchets, réduction des emballages et sur- emballages.

Priorité au tri / recyclage, retraitement et valorisation.

Les installations de tri, de traitement, de compostage et stockage des déchets doivent être reparties de façon équilibrée sur tout le territoire.


02 ENERGIE : Organiser la baisse de la consommation
En bref : Lutter contre le réchauffement climatique en réduisant massivement le recours au pétrole, au gaz et au charbon pour diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.


La question énergétique est l’une des questions à laquelle j’attache une très grande importance : il s’agit de fournir à chacun l’énergie dont il a besoin, tout en prenant en compte l’épuisement à moyen terme des ressources en hydrocarbure mais aussi et surtout de leur impact sur la production de gaz à effet de serre et donc le réchauffement climatique.

En effet, je pense qu’il est urgent d’intervenir pour faire décroître la demande énergétique. D’importantes économies d’énergie sont possibles dans les transports et dans l’habitat.

Dans le même temps, je pense qu’il faut développer largement l’ensemble des énergies renouvelables, non productrices de gaz à effet de serre, pour que, d’ici 2020 elles représentent 25% de notre production énergétique.

L’énergie nucléaire fait débat dans la société. Ce débat citoyen (sortie progressive ou maintien d’un nucléaire sécurisé) devra être organisé et tranché par un référendum. Je suis favorable au programme international ITER qui représente l’espoir d’une énergie propre et abondante pour les générations futures.

Dans tous les cas, le développement de la recherche est indispensable.

Pour moi, l’énergie, indispensable à la vie, ne doit pas être considérée comme une marchandise , et je suis favorable à la constitution d’un grand pôle public autour d’EDF et de GDF redevenus publics et fusionnés.

03 AGRICULTURE : Produire autrement
En bref : Concilier la production agricole avec le respect de l’environnement, le travail paysan, la qualité des produits et la santé.

Je pense actuellement, que le développement agricole, partout dans le monde suppose que les paysans puissent vivre de leur travail dans le cadre d’une agriculture socialement équitable, économiquement viable et respectueuse de l’environnement.

Une telle agriculture doit être libérée du carcan de l’OMC.

A l’opposé des réformes négatives de la PAC, une politique de prix rémunérateurs doit être pratiquée.

La souveraineté alimentaire doit être un objectif pour les peuples,ce qui n’exclut pas les solidarités au sein de l’Europe et à l’échelle mondiale qu’il faut au contraire développer.

Il faut bannir toutes les politiques qui induisent les cultures intensives et favoriser une agriculture durable, respectueuse de l’environnement. Le moratoire sur la culture des OGM en plein champ doit être maintenu.


04 TERRITOIRE : Contenir l’extension périurbaine et relocaliser les activités humaines
En bref : Concilier la production agricole avec le respect de l’environnement, le travail paysan, la qualité des produits et la santé.

Il faut en finir avec les logiques libérales qui provoquent et organisent la mise en concurrence des territoires, poussent à une surenchère d’attractivité, creusent les déséquilibres et les inégalités, artificialisent les surfaces et mettent en cause les écosystèmes.

Une nouvelle politique d’aménagement des territoires urbains et ruraux doit être pensée et élaborée avec les populations, les élus, les acteurs sociaux. Elle doit favoriser le rapprochement des lieux d ‘habitation et de travail, le développement des services publics, la beauté et la qualité environnementale des constructions, elle doit favoriser le milieu rural en favorisant le maintien des activités.

Il faut lutter contre la croissance urbaine sauvage en choisissant clairement une logique de densité, faire de la ville sur la ville afin de préserver le plus possible l’espace rural et naturel, favoriser une intercommunalité de projets urbains à taille humaine, donner la priorité aux transports collectifs et chercher des formes alternatives à la mégapolisation actuelle aux caractères de plus en plus inhumains, invivables, irrespirables.


05 TRANSPORT : Sortir du tout routier
En bref : Réduire la demande en transports fortement consommateurs de pétrole et grands émetteurs de gaz à effet de serre (camions, automobiles et avions), augmenter l’offre en moyens de déplacement moins gourmands et plus propres (trains, transports en commun, transport fluvial, vélo).

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut rapidement réduire les transports des personnes et des marchandises par route. Je préconise le développement des transports publics collectifs notamment ferroviaires. Le réseau ferroviaire doit être rénové et modernisé, priorité devra être donnée au ferroutage sur le transport des marchandises par route.

Je suis favorable au développement des transports par voie d’eau, qu’il s’agisse des fleuves et canaux ou du cabotage maritime.

Le transport aérien devra être réglementé et le kérosène taxé.

Les transports inutiles des biens et des personnes sur de longues distances doivent être limités par la relocalisation des productions à chaque fois que cela est possible et par un aménagement du territoire qui limite les déplacements inutiles (par exemple réduction des distances travail/domicile).

En ce qui concerne les transports urbains, je propose que le débat sur leur gratuité soit ouvert.

Afin d’harmoniser l’ensemble des transports, d’avoir une politique cohérente un pôle public devra être créé.

06 FISCALITE : Etablir le véritable prix des services rendus par la natur
En bref : Faire apparaître le coût économique réel des activités humaines, supprimer les subventions publiques entraînant la dégradation de l’environnement, réorienter le budget en faveur du développement durable.

La fiscalité peut jouer un grand rôle pour préserver les ressources de la planète et agir contre les pollutions de toute nature en y intégrant une partie des coûts environnementaux .

Avant de prendre de nouvelles mesures fiscales, il conviendrait de faire un état exhaustif de la fiscalité existante (impôts, taxes, subventions) en France et en Europe, et mettre celle-ci en cohérence avec les objectifs écologiques et avec l’objectif impératif de réduire par 4 les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Je pense mettre en place une commission fiscale verte auprès du Ministre d’Etat chargé de l’écologie, du développement durable et du plan, que j’envisage de créer.

L’examen doit d’abord porter sur la fiscalité des produits énergétiques, pétrole, gaz, charbon et électricité pour encourager à une plus grande efficacité énergétique et réduire l’utilisation des énergies fossiles. La proposition d’une taxe carbone sur les émissions de CO2 est intéressante. Elle ne doit pas être une nouvelle taxe universelle mais apporter des correctifs sur les taxes existantes (majoration ou diminution) ou être à la source d’une nouvelle taxe par exemple sur le kérosène pour le transport aérien qui en est exempté. La TIPP peut être vue comme une taxe carbone moyennant des aménagements sur son calcul et son assiette.

Je ne partage pas l’objectif dit du « double dividende » qui consiste à compenser les taxes écologiques nouvelles par de nouvelles baisses de cotisations sociales patronales, au motif de l’amélioration de l’emploi.

Deux remarques pour terminer : le principe du pollueur-payeur a des limites, certaines activités doivent être strictement réglementées ou proscrites à l’échelle de la planète, comme l’utilisation de l’amiante. Les réformes fiscales ne doivent pas peser sur les catégories populaires ou être alors compensées par des politiques d’aide (par exemple crédit d’impôt ou prêt à taux zéro pour les travaux d’isolation thermique).

07 BIODIVERSITE : Faire entrer la nature dans l’aménagement du territoire
En bref : Intégrer la préservation du patrimoine naturel dans la stratégie globale de développement durable, avec la création d’un réseau écologique national qui relierait entre eux tous les espaces protégés et garantirait leurs fonctions écologiques.

C’est l’ensemble des espèces vivantes, plantes, animaux, micro organismes qui rend la planète vivable. Au même titre que la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la biodiversité est l’un des objectifs écologiques prioritaires qu’il faut se fixer sinon, l’espèce humaine elle-même est menacée.

Cela doit se faire sur l’ensemble du territoire, et partout outre-mer où la France a des responsabilités. La protection des écosystèmes doit être une préoccupation permanente notamment dans le cadre de l’aménagement du territoire et le ministère de l’écologie doit avoir tous les moyens y compris financiers d’intervenir en cas de nécessité.
Il faut créer, en accord avec les populations les parcs naturels de Guyane où 7 milliards d’hectares de forêt tropicale sont menacés et celui de La Réunion qui connaît une faune et une flore exceptionnelles ainsi que les récifs coralliens.

Protéger la biodiversité suppose de protéger la qualité de l’eau aussi bien en ce qui concerne les rivières, les lacs, l’ensemble des milieux humides, que les sols qu’il faut protéger des pollutions agricoles et industrielles aussi bien que des espèces invasives.

Pour l’agriculture, il faut supprimer l’utilisation des pesticides et des fongicides et interdire la culture des OGM en plein champ responsable d’une baisse importante de la biodiversité comme on peut le voir en Amérique du Sud.

La protection de la ressource halieutique doit se faire avec toutes les parties concernées, scientifiques et pêcheurs notamment.

08 SANTE : Prévenir avant de guérir
En bref : Evaluer le poids des dégradations environnementales dans le coût global des maladies, engager une politique de prévention, en particulier en ce qui concerne l’alimentation, l’emploi des pesticides et la dissémination des OGM.

La pollution atmosphérique génère les bronchopneumopathies, l’asthme, le cancer du poumon et maladies cardiovasculaires. Quant aux pesticides, ils ont un rôle avéré dans de nombreux cas de stérilité, malformations congénitales, maladie de Parkinson …Les maladies d’origine professionnelle, notamment les cancers se multiplient.
Le bilan est très lourd : chaque année, 280 000 cas de cancers se déclarent en France et ceux-ci provoquent 150 000 décès. Si 30 000 morts sont la conséquence du tabagisme, il en reste 120 000 qui sont favorisés par ce que nous mangeons, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, porteurs potentiels permanents d’éléments pathogènes.

Cette situation a un coût économique considérable, (en 2004 les dépenses affectées au cancer ont été de 232 millions d’euro) mais surtout social et humain insupportable.

Je déplore que la directive REACH ait été en grande partie vidée de son contenu sous la pression du patronat. En l’état elle protégera insuffisamment les travailleurs. Elle doit être renforcée pour interdire l’utilisation de tous les produits toxiques nuisibles à la santé. Pour ce faire, les personnels scientifiques et médicaux doivent être formés et mis en place.

Les pesticides, comme les OGM, doivent être totalement interdits dans l’alimentation.

09 RECHERCHE : Faire de l’environnement un moteur pour l’innovation
En bref : Mettre la recherche en cohérence avec le projet d’une société durable; favoriser les liens entre les disciplines.

Je suis d’accord avec l’objectif de mettre la recherche au service d’un projet de développement d’une société durable ; j’ajouterai d’une société solidaire qui n’oppose pas la sauvegarde de la planète à la nécessaire recherche de l’égalité, de la justice sociale et de l’émancipation humaine pour tous les habitants.

Il est indispensable de donner les moyens à la recherche publique afin d’affronter tous les défis du 21ème siècle dont celui de l’écologie.

Dans ce domaine, je propose d’investir dans trois directions fondamentales et interdisciplinaires :

- les sciences naturelles avec pour objectif d’évaluer la biodiversité, comprendre le fonctionnement des écosystèmes, mesurer l’état des différents milieux (sols, eaux douces, mers…);
- les sciences environnementales en donnant plus de moyens aux recherches sur la climatologie et l’effet de serre, la gestion des déchets, le recyclage, la dépollution, l’évaluation des pollutions atmosphériques et aquatiques sur la santé humaine comme sur les écosystèmes, la connaissance des diverses ressources et de leur durabilité;
- les sciences du développement durable avec centralement tous les travaux liés à l’énergie, les ressources (solaire, éolien, nucléaire du futur,..),les vecteurs, (électricité, hydrogène, chaleur,…), les procédés d’économie et d’efficacité énergétique liés notamment aux transports et à l’habitat.

D’autres directions nécessitent des efforts : l’ingénierie écologique, répondant au fonctionnement durable de la société (gestion des milieux, emballages….) ; l’évaluation et le traitement des risques environnementaux et sanitaires favorisant les préventions dans tous les domaines, particulièrement les modes de productions agricoles et industrielles.

Tout cela, je le répète, suppose une grande politique publique de recherche scientifique et technologique au service du développement durable et solidaire de notre planète.

10 POLITIQUE INTERNATIONALE : Prendre l’initiative
En bref : Eriger en priorité diplomatique le défi écologique et les menaces qui pèsent sur la sécurité mondiale.

Je considère que la France doit agir pour une politique plus solidaire dans tous les domaines. Ainsi, les défis écologiques appellent une gestion à l’échelle mondiale des risques et des politiques de prévention sur le climat, la biodiversité, des programmes mondiaux de recherche sur les énergies renouvelables et celles du futur, dépassant les énergies fossiles, pour la poursuite et l’extension du protocole de Kyoto après 2012.

Pour cela, je me prononce pour la création d’une agence mondiale de l’environnement et du développement durable dont la mission serait de travailler à mettre en cohérence le développement solidaire de la planète avec la défense des écosystèmes et de la biodiversité.

Je me prononce également pour la réorganisation des agences mondiales de l’énergie dont la mission serait de promouvoir les énergies propres, durables et renouvelables afin de lutter contre le changement climatique et les GES.

Enfin, l’eau, la santé, l’éducation, la recherche, la culture doivent faire l’objet de politiques mondialisées, sous l’égide de l’ONU avec la volonté de les soustraire à la marchandisation, afin d’en faire des biens communs de l’humanité au service de tous.


5 PROPOSITIONS CONCRETES POUR CHANGER

 

Proposition 1
Un vice-Premier ministre chargé du développement durable
Je comprends le sens de la proposition ( poids politique, transversalité de l’action) et je le partage. Mais je préfère m’inscrire dans la culture gouvernementale française et proposer qu’un ministre d’Etat soit en charge exclusivement de ce dossier de l’écologie et du développement durable et qu’il soit explicitement chargé par le premier ministre d’une action transversale en direction des ministres notamment des transports, du logement, de l’agriculture, de l’industrie, de l’aménagement du territoire et de l’équipement… Je propose en outre, que ce ministère soit doté d’un vrai budget et dispose de services publics de l’environnement ( biodiversité, énergie, habitat, transports).

Proposition 2
Instaurer une taxe carbone en croissance régulière
Je pense qu'effectivement, une taxe carbone peut être une solution. Je considère cependant qu’il faut procéder à une mise à plat des taxes existant actuellement, notamment la TIPP qui peut être l’amorce d’une fiscalité écologique.

Proposition 3
Réorienter les subventions agricoles vers une agriculture de qualité
Je pense qu’effectivement, les exploitants agricoles doivent pouvoir vivre correctement de leur travail et de leurs productions. Les subventions agricoles de la PAC qui favorisent les cultures intensives et l’agriculture productiviste doivent être réorientées vers une agriculture durable et bio pour ceux qui le souhaitent.

Proposition 4
Systématiser les procédures de démocratie participative
La démocratie participative et citoyenne est un enjeu majeur d’un développement durable et solidaire de la planète.
Du « bout de la rue au bout du monde », je préconise une même approche : enrichir tous les processus démocratiques par l’appropriation citoyenne des dynamiques de co-élaboration et de co-décision.

La démocratie représentative a besoin d’être démocratisée : non cumul des mandats et réduction de leur nombre, parité hommes / femmes, droit de vote des étrangers résidents…

En terme d’écologie et de développement durable, je propose d’agir dans deux directions :
1. Réformer le mode de fonctionnement des collectivités afin de garantir aux citoyens : _
- le droit d’information
- le droit d’intervention sur toutes les grandes décisions d’aménagement, d’infrastructures, de transports….
- le droit de contrôle des décisions prises.
2. Réformer le statut des entreprises publiques et privées, en garantissant les droits des salariés, sur la gestion de l’entreprise, le mode et le type de production, son utilité sociale, son impact environnemental.

Proposition 5
Mettre en place une grande politique d’éducation et de sensibilisation

L’éducation à la prise en compte du développement durable nécessite de revoir les contenus enseignés et la formation des enseignants pour que l’avenir de la planète et de l’espèce humaine y prenne toute leur place. Il s’agit à la fois de multiplier les occasions : mettre en réseau les différents champs disciplinaires, et scientifiques, croiser leurs interpellations réciproques et d’exercer l’élève et le citoyen à penser ses actions en termes d’impacts, de conséquence dans l’espace, dans le temps et dans le champ social

Ainsi, la formation professionnelle ne manquerait pas de modifier sensiblement, par le biais des entreprises, les modes de production, de distribution et de consommation.

Je pense qu’une éducation au développement durable ne signifie pas d’ajouter une matière aux autres, mais de favoriser, dans le long terme, la prise de conscience de ce qui conditionne la vie et le bien être des hommes.
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